20 janvier 2020
Les électeurs en ont assez !

Paul Magnette a fait une remarque à Deborsu sur RTL-Tvi selon laquelle la possibilité de créer un gouvernement à contrat déterminé de six mois ou un an avec des partis politiques qui ne parviennent pas à s’entendre depuis l’année dernière, était souhaitable !
J’avoue ne pas bien comprendre ?
Ce serait en contradiction avec le vote des électeurs ! Le temps de la législature serait modifié, car comment considérer cet ajout ? Surtout le programme convenu pour la durée de la législature ridiculisé, puisqu’il serait question de parer au plus pressé, donc de ne pas avoir un programme complet.
Ce gouvernement aurait un contrat à durée déterminée. Il serait, en principe, intouchable sur sa durée ! En effet, de quelle manière censurer un contractuel à durée déterminée si avant le terme, il ne convenait plus ? Comment les électeurs qualifieraient-ils un contrat partiel entre partis !
Monsieur Magnette dit des choses incompatibles avec la démocratie !
Sauf que, la démocratie… si tout le monde s’en tape !… Elle est déjà assez bancale comme on la voit, sans encore l’affliger d’une entorse.
Par contre, s’il y a presque l’unanimité sur les urgences que Magnette avance pour exposer ses idées, une majorité à la chambre peut très bien proposer une loi modifiant certaines dispositions des pensions, du salaire minimum et des indemnisations diverses, maladies et chômage à application endéans un temps raisonnable, donnant à madame Wilmès, cheffe du gouvernement provisoire, mandat pour son exécution.
Que je sache, la Chambre est là pour prendre des décisions en urgence et le gouvernement provisoire est à sa disposition quand se dégage une majorité ! On a oublié en Belgique que le législateur ce n’est pas le gouvernement, mais la Chambre.
On voit bien où Magnette veut en venir : voter vite fait des mesures qui seraient à mettre à son actif pour les élections suivantes.
Inutile de dire que ce qui pend au nez de tous les partis de gouvernement pouvant faire des Vivaldi, des Jamaïcaines ou des Bourguignonnes, ce sont de nouvelles élections qui les verraient en chute libre et profitant à la N-VA et au Vlaams Belang. La coalition noir anthracite, on pourrait y penser.

1avcfdre2nbhguytr.JPG

Nos planqués politiques auraient leurs sept gouvernements en péril. Le pays deviendrait, de fait, une composante confédérées : deux régions, plus une troisième (Bruxelles) qui pourrait provisoirement se gérer par l’Union Européenne, tutrice de ladite.
La bourgeoisie belge et le PS sont hostiles à ce scénario. Malgré l’aide des libéraux, elle pourrait perdre son ascendant sur la région wallonne.
Implicitement, le discours de Di Rupo sur l’unité de la Belgique laisse supposer qu’il y a coalition d’intérêt entre lui et la bourgeoisie belge en partie propriétaire du pays, les fonds de pension américain, les Émirats et la Chine étant propriétaires du reste.
Tom Van Grieken, président du Vlaams Bleang, a proposé dimanche à Genk, le départ d'une pétition à grande échelle en faveur de nouvelles élections, face à l'absence persistante de gouvernement fédéral.
Van Grieken sent qu’il a l’opinion flamande pour lui, et comme l’incapacité à s’entendre des autres partis lui donne raison, l’opinion wallonne pourrait bien le rejoindre.
Selon le magazine flamand Knack, la droite a encore de beaux jours devant elle en Flandre, en particulier la N-VA et le Vlaams Belang qui possèdent le plus grand réservoir de votes. “Pourquoi la droite peut devenir encore beaucoup plus grande”, titre l’hebdomadaire flamand, en y joignant une photomontage de Bart De Wever et Tom Van Grieken.
Aussi curieux que cela paraisse, le sentiment indépendantiste n’est pas majoritaire en Flandre.
L’accroissement des extrêmes N-VA et Vlaams Belang est dû au phénomène d’érosion des partis traditionnels (CD&V, Open VLD et sp.a).
Qu’on me dise pourquoi la N-VA est considérée comme un parti démocratique et pas le Vlaams Belang ? Sinon par opportunité et pragmatisme de Charles Michel, parce qu’il fallait un des deux. À l’époque, le clan Michel avait sorti Bart Dewever du cordon sanitaire. Ses propos étaient pourtant aussi violents que ceux de Filip Dewinter. Il aurait pu tout aussi bien inverser les rôles, faire équipe avec le Vlaams Belang et renvoyer la N-VA derrière le plafond de verre.
Les partis opportunistes qui déterminent leur politique en fonction de leurs seuls intérêts, les électeurs en ont assez !

19 janvier 2020
Macron-Trogneux exfiltrés…

… en Belgique on se lance dans le coloriage : chronique en deux parties !

Situation ubuesque à Paris d’Emmanuelle Macron et Brigitte Trogneux exfiltrés des Bouffes du Nord à la représentation de « La mouche », spectacle drôle, dit-on, sur le pouvoir. Des mécontents de la retraite par points se seraient rassemblés devant le théâtre, pour une conduite de Grenoble du couple. Ces deux là sont devenus tellement impopulaires, qu’il a suffi qu’un journaliste dans la salle signale leur présence sur les réseaux sociaux, pour qu’aussitôt il n’y ait autant de personne dehors que dedans.
Bien entendu l’ineffable Bruno Jeudy, journaliste pilier du pouvoir, a stipendié dans les colonnes de son journal, le malheureux spectateur qui aurait lancé l’info de la présence du couple sur son Smartphone. Comme par hasard, il s’agirait d’un journaliste de gauche. C’est du pain béni pour Jeudy.
« La mouche » est à ne pas confondre avec « Les mouches », pièce jouée en 1943 de J-P Sartre. En effet, le couple présidentiel en grand seigneur, peut rire du pouvoir d’un chercheur qui se transforme en mouche. Celle de Sartre, c’est beaucoup moins drôle, d’abord parce que les mouches sont en nombre, qu’il s’agit d’une pièce sur le pouvoir mais qui s’assortit d’un double crime. Comme l’action se passe en Grèce antique, c’est plus lointain, mais cela aurait été possible d’y voir Macron, tant l’allégorie est facilement transposable. Le ressort des deux pièces, c’est le pouvoir. Cela ne doit pas beaucoup affecter le président, tellement convaincu qu’il a raison contre tout le monde, qu’il ne se reconnaîtrait nulle part. Des histoires de mouche, c’est encore celle de La Fontaine que j’aime le mieux.

1jfd2iuq.jpg

Drôle (c’est selon), en Belgique cette fois, des journalistes se sont amusés à collectionner les noms dont sont affublées les coalitions potentielles, égrenés depuis des mois par les négociateurs royaux lancés à la poursuite de zigues capable de former un gouvernement. De Tijd en a forgé un nouveau : la coalition « Diable rouge ». Pour en comprendre le sens, il faut déchiffrer une sorte de rébus. Voici le raisonnement « écarter l’Open Vld devrait permettre au PS, « rouge », d’accepter de s’associer au « diable » qu’est Bart De Wever. L’analyse est presque aussi claire, pour ainsi dire, que celle de la coalition Vivaldi, lancée par les médias francophones plus tôt ce mois-ci. La logique : Vivaldi est le compositeur des Quatre Saisons, une série de concertos pour violon. Chaque saison a sa couleur. Le bleu des libéraux représente l’hiver, le vert des écologistes le printemps, le rouge des socialistes l’été et l’orange du CD&V l’automne. Vous trouviez la politique déjà suffisamment compliquée ? Voilà de quoi corser les choses encore un peu plus — gratuitement, sans aucune raison. » (Dare-dare magazine).
Ces dénominations imagées de la situation belge ont quand même un sens, elles servent à désennuyer les gens. C’est ce qu’a compris De Wever toujours à l’affût d’un ticket avec le peuple sur sa popularité. Il a inventé « coalition bourguignonne » à l’époque où N-VA, sp.a et Open Vld étaient réunis pour le meilleur et surtout pour le pire.
On a encore en mémoire « la jamaïcaine » des verts, libéraux et démocrates-chrétiens.
Ceux qui s’impliquent dans la politique et les commentaires s’agacent de ces images parfois peu en rapport avec la coloration qui sortirait d’un patchwork mêlant le rouge, le vert et le bleu. Est-ce une survivance d’un surréalisme tenace « à la belge » qui nous ferait rechercher l’originalité un peu bébête pour nous singulariser des autres pays ?
À une époque où les électeurs se détournent de la politique, qu’on se méfie que la coalition possible des élections suivantes soit le kiwi (vert + vert) !
Le grotesque qui atteint tout le monde fait rarement rire. D’autant que l’absence d’un consensus pour former un gouvernement en dit long sur le délabrement des institutions et la légèreté avec laquelle nous abordons la démocratie, qui aurait besoin d’un petit coup de torchon.
Dans un pays qui compte six parlements, six gouvernements (1), où si ça continue, la formation d’une coalition pourrait prendre toute la législature, on ne sait pas si ça fait du bien de rire encore du monde politique !
----
1. Dans une chronique précédente, j’avais compté sept gouvernements ! En réalité on ne sait plus. Peut-être y avais-je inclus la République Libre d’Outremeuse ?

18 janvier 2020
Les quatre cavaliers de l’apocalypse !

Malgré la guerre contre l’intelligence du peuple menée par les stratèges de l’économie libérale, le sens critique n’est pas perdu. Le « trop c’est trop » produit ses effets. Cette société ne fait plus rêver.
Sauf pour les imbéciles et les prétentieux du tiroir-caisse Belgique, le succès de l’Amérique à 3,5 % de chômeurs, les triomphes momentanés de Wall Street, tout le bluff et les manières grossières de Trump, sa réélection quasiment certaine, les 30 % d’électeurs US séduits par les mensonges de ce pitre et les bizarreries du comptage des grands électeurs, rien n’y fera, tout concourt à la fin d’un mythe. Même les Chinois, imitateurs hors-pairs, ont tout faux.
Idem du libéralisme belge.
L’absence d’un consensus pour un gouvernement, dont on sait que de toute façon il ne règlera aucun des problèmes qui accablent cette société, jette un doute profond sur l’efficacité d’une démocratie des « élites ».
Le mouvement des gilets jaunes chez nos voisins français suscitant quelques copies plus ou moins réussies en Belgique, ne nous ont pas laissé indifférents. Le malaise français est partagé.
Le PS nous a suffisamment dit que la lutte des classes n’existe plus, pour que nous pensions exactement le contraire, laissant ce parti dans ses contradictions.
Ce parti a laissé des séquelles en divisant la gauche : ceux qui croient encore les progrès sociaux possibles dans l’économie de marché, contre ceux qui n’y croient plus.
Ces derniers ont des arguments fondés sur le constat de la paupérisation, des ouvriers qualifiés aux petits commerçants des classes moyennes.
Le rêve des Trente glorieuses débouche sur le cauchemar du troisième millénaire.
La promesse d’une modernisation de l’économie par une amélioration constante du niveau de vie se transforme en comptes d’apothicaire d’un Coca-cola Bacquelaine qui rêve de privatiser les pensions, et d’un Charles Michel qui a rendu son étoile de sheriff dans la hantise de déplaire au patronat sur les salaires et aux Flamands de la N-VA qui ont fini par avoir sa peau.
Les “4 cavaliers de l’apocalypse” écologique : la voiture, la surconsommation, la viande et l’avion sont combattus d’une étrange manière. Ils sont en selle pour la fin du monde. Leurs rabatteurs vivent sur l’ultime prolongation de la vie rêvée et sur les surplus des élites.
L’arnaque reste sur l’estomac des jeunes : « si tu fais des études, tu auras un emploi stable et bien rémunéré avec une progression continue des revenus. À trente ans, tu seras propriétaire. Tu partiras à la retraite en bonne santé à soixante ans et même moins, avec une pension confortable. Tu auras une protection sociale efficace. Tu paieras des études supérieures à tes enfants et à la fin de ta vie, tu auras la satisfaction de voir ta famille en pleine ascension sociale. »
Voilà ce qu’on a vendu aux jeunes moyennant en juste retour, une bonne opinion de la société libérale et l’obscénité d’un travail indigne, en attendant.
Une vaste classe moyenne donnait l’impression d’une homogénéité globale, en foi de quoi le PS abandonnait la charte de Quaregnon « aux nostalgiques du passé » et offrait ses services au libéralisme moderne.

1apppgg1uu.jpg

Après 1980, la matérialité de ce rêve a montré des défaillances, jusqu’au drame de 2008/9 où tout le monde s’est aperçu que le capitalisme avait foiré et remettrait ça, un jour ou l’autre !
Contrairement à ce que l’élite suppose, les gens ne sont pas bêtes. Ils ont été tout simplement naïfs et cru de bonne foi que leurs représentants politiques changeraient les nuisances du capitalisme, en manne bienfaitrice pour l’humanité.
Il suffisait de voir comment les Bacquelaine, les Michel, les Reynders, les Di Rupo, les Borsus, etc… vivaient en privé et en public, comme de véritable vampires des deniers de l’État, pour d’évidence s’apercevoir qu’ils n’auraient rien à espérer de ces gens-là.
Le rêve n’a pas été perdu pour tout le monde. Les catégories supérieures et la nouvelle classe des profiteurs politiques se sont bien engraissées du jeu libéral.
Après la crise des subprimes, les gens ont été nombreux à décrocher, survivant dans l’économie de la débrouille et des sursis du crédit.
La désindustrialisation, la mondialisation et l’ubérisation conduisent au chômage de masse.
Encore un pas en arrière et nous allons nous retrouver en 1936, dans les grandes grèves et avant les congés payés.
On n’adhère plus à l’économie actuelle. Les gens ont besoin de croire au progrès. Par leur travail, ils le méritent. Une seule solution possible : il faut que ce système et ceux qui le promeuvent dégagent. Le plus vite sera le mieux.

17 janvier 2020
GLB et Coens : transsubstantiation et lévitation.

Bouchez et Coens, les comiques de la dernière chance, font penser au clown Grock. Il est installé sur un tabouret devant un piano et veut interpréter un morceau. Il s’aperçoit qu’il n’atteint pas le clavier bras tendus. Au lieu de rapprocher son tabouret, il essaie de pousser le piano vers le tabouret. Évidemment, il n’y arrive pas. Bouchez et Coens, c’est pareil. Ils convoquent, il ne vient personne, sinon des lampistes. Quand aux grands chefs, ils s’assurent avant de se déplacer, que les autres n’y seront pas, afin d’avoir seuls la vedette.
Les plénipotentiaires royaux doivent avoir l’humilité du tabouret et comme leur en donne le droit constitutionnel, voir qui bon leur semble et publier leurs réflexions, avant radio et télé.
Pour le reste, dans un pays qui compte sept gouvernements, qu’il y en ait un qui fasse défaut, ce n’est pas grave.
Les partis de droite, N-VA et Vlaams Belang, ont-ils compris que le confédéralisme était pratiquement fait et que la meilleure tactique était de laisser aller vers le dénouement, sans plus besoin d’un coup de pouce ?
On le croirait.
Les partis rassembleurs ont mal conduit leur barque. Ils consacrent trop de temps à jurer leur fidélité indestructible au néo-libéralisme mondial. Ils pensent que la religion du fric est un fabuleux rempart aux entreprises nationalistes des partis flamands. Ils se trompent ! Le pognon d’abord, certes, en Flandre aussi, mais comme ces derniers sont plus riches que dans le reste du pays, ils consacrent leur loisir plus grand à s’exciter sur les drapeaux, les origines, la langue et l’horreur des étrangers.
Les partis francophones bourgeois et acquis à toutes sortes de démons inhérents au capitalisme, n’ont pas jaugé à sa juste valeur le désir d’autonomie de la région plus riche que les deux autres, suivant pourtant le raisonnement qui a fait la prospérité du libéralisme « tout pour moi et rien pour les autres ».
MR, CD&V, PS, voilà de sacrés empotés ! Ils portent la responsabilité de la situation actuelle. Ils voyaient la Belgique immuable avec le roi au centre et la bourgeoisie autour prêchant la bonne parole capitaliste, le reste du troupeau abêtit de jeux à la télé incapable de penser. Ils se sont crus fins politiques en cédant, de législative en législative, aux nationalistes flamands.
Les lois linguistiques nous font passer pour des rigolos partout en Europe. Les régions de plus en plus omniprésentes avec un parlement, un président, des ministres, tout accrédite deux ou trois républiques remplaçant le royaume.
Si la N-VA en accord avec le Vlaams Belang le voulait, dès aujourd’hui, affirmer que la Flandre est un pays à part entière, qui pourrait lui contester le fait accompli ? Si les nationalistes flamingants ne le font pas, c’est à cause de Bruxelles et la fichue idée qu’ils ont eue d’y installer leur parlement, croyant ainsi qu’ils entraîneraient le million d’habitants de la capitale sous la bannière jaune au lion noir.

1lsssszqa3.jpg

Ça viendra, mais la poire n’est pas tout à fait mûre.
Toujours est-il que s’ils proclamaient leur indépendance, on atteindrait à la bouffonnerie suprême d’un parlement flamand installé « à l’étranger », d’ici à ce que les parlementaires du Belang se fassent contrôler à la frontière, il n’y aurait qu’un pas.
C’est probablement Georges-Louis et Joachim à qui il reviendra d’attirer les flamingants dans le dernier vaudeville fédéral par de nouvelles propositions sur Bruxelles que les partis avaliseront pour qu’on en finisse.
Quand on voit déjà que partout la parité s’installe entre francophones et néerlandophones dans la capitale, alors que ces derniers sont ultra minoritaires, il ne faudrait pas grand-chose, aux noms des 7 millions de Flamands, que Bruxelles soit annexée à la Flandrie et que la Belgique disparaisse.
Sera-ce un grand malheur ? Au point où l’on est, au coût prohibitif de ces sept gouvernements, au divorce déjà consommé entre les deux grandes Régions les plus peuplées, reléguant Bruxelles à la troisième place, nous ne sommes pas loin de la victoire du radicalisme flamand.
Je vois bien Bruxelles « louée » à l’Union européenne par un bail de 99 ans ; après quoi elle reviendrait à la Flandre, un peu comme Hong-Kong va revenir à la Chine.