27 avril 2018
Cui-cui… c’est cuit !

Les oiseaux iront se faire voir ailleurs, la nidification aux abords des autoroutes a été supprimée, ordre d’en-haut !
C’est un internaute flamand qui twitte le renseignement. L’AWV, Agence flamande des routes et du trafic, s’en défend. Oui, on scie les arbres, mais ce n’est pas pour chasser les oiseaux, aucun ministre ne s’est plaint d’avoir été décoré de la fiente d’un pigeon qui, en vol, aurait visé son revers.
Ce massacre forestier est fait à la demande de la police et du gouverneur.
Tout le monde sait que le public d’aujourd’hui est très respectueux de l’ordre public libéral. Seuls de mauvais esprits ne se contenteront pas de la docilité citoyenne silencieuse et voudront en savoir davantage.
Et voilà la raison, c’est pour « que les transmigrants ne puissent pas se cacher » !
Il paraît selon Daardaar que, pour une fois, l’intransigeance n’est pas typique d’une Flandre férue de taxologie, que la chienlit d’une forêt urbaine dérangeait dans ses méthodes d’ordre.
Cette déforestation d’aires d’autoroute avait déjà été appliquée en Wallonie, à Bierges !
Une fois de plus, les Flamands sont plus critiques et incisifs que les Wallons ! D’après « les gens d’en face », il existe un accord général entre le ministère de l’Intérieur, la police et les gouverneurs de raser au plus vite des parcelles vertes le long des autoroutes, lorsqu’on constate que celles-ci sont utilisées par des migrants pour s’y retrancher. C’est donc ce qui a été fait ces deux derniers jours au niveau de Ranst.
Logique, sauf que personne n’en a entendu parler et que sauf erreur, il n’y a pas eu un débat parlementaire, ne fut-ce qu’une communication.
Outre la nidification intempestivement arrêtée, les alentours boisés des autoroutes étaient utiles à plus d’un titre, à commencer par la capture des particules fines de nos admirables engins motorisés que le monde entier nous envie et enfin le bruit des moteurs vrombissant qui s’en trouvait amorti par le feuillage.
Enfin, sont-ce des manières à faire à l’encontre de ces pauvres gens venus d’ailleurs pour aller en Angleterre, que de raser leurs abris d’infortune ?
Voilà qui ressemble au mur de Trump sur le rio Grande dégageant de grands espaces pour mieux voir le « grouillement humain » venant du Mexique « souiller » le territoire américain ! Ironie de l’histoire, d’un territoire jadis mexicain et perdu par le Mexique dans « La guerra del 47 » (1847) !
Nous n’avons pas le même espace, c’est entendu, mais nous avons le même point de vue.
On commence à comprendre la tactique de Charles Michel pour le fédéral et Geert Bourgeois, ministre-président du Gouvernement flamand, N-VA bon teint, pour la Flandre.
C’est la tactique Macron.

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Nos élites représentatives attaquent tout à la fois, de la chose la plus importante à la moins significative. Les habitués de la minque du côté d’Ostende appellent ça « noyer le poisson ». Quoi de plus anodin que scier des arbres ? Ce qu’ils ne disent pas d’emblée, c’est que de pauvres gens se cachaient sous la ramée, comme les sangliers, sauf que ces derniers moyennant un permis, on peut leur tirer dessus, ce qui, jusqu’à présent, n’était réservé qu’à quelques policiers se sentant menacés par les premiers « qui ne font que passer ».
Heureusement que des Flamands se sont indignés.
On attend que certains Wallons en fassent autant.
Précurseur, le gouvernement régional de Magnette avait déjà procédé à Bierges au même bûcheronnage en 2017. De cette information, Borsus pourrait se régaler s’il ne défendait pas la même cause que le socialiste. Peut-être va-t-il faire savoir que Magnette n’en avait pas fait assez ?
Pour Carlo Di Antonio (CDH), il n’est pas question de fermer les parkings d'autoroutes la nuit.
Le grand homme a adopté la formule suivante : renforcer l’éclairage, élaguer les arbres et éclaircir les arbustes pour que les migrants ne puissent plus se cacher dans les fourrés. A Bierges, cela a été fait.
L’emmerdant pour lui, c’est qu’il est aussi ministre du Bien-être animal et des Zonings.
Je doute que les pinsons et les chardonnerets puissent lui communiquer leur reconnaissance.
Pas que pour les transmigrants, les fourrés ont une fonction universelle de dissimuler à la vue des pandores, les amoureux, les voyeurs, les vieux messieurs à la vessie fragile et les pies. Tous seront également déçus.
On n’a pas Kim Jong-Un, mais on a ses idées.

26 avril 2018
Le pouvoir par l’épate !

Le pire des avatars de l’économie mondialisée aujourd’hui gît dans la contradiction de l’être humain attaché à un travail, souvent contre son gré, parce qu’il ne rencontre aucune possibilité de travailler à ce qu’il souhaite, et l’estime marchande de sa personne qu’ont ses employeurs.
Avant de recourir à tout discours moralisateur, en préliminaire de tout le reste, les économistes devraient savoir que le travail ne peut être considéré comme une marchandise.
Parce que derrière ce mot, il y a un être humain souvent malheureux dans une tâche qu’il ne souhaitait pas faire et qu’il pratique par nécessité. Parfois, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il finit par accepter cette servitude qui le sauve de la misère et de la déchéance.
Ceci est le sort de la majorité des travailleurs. Or, tout l’effort médiatique et politique est prodigué sans retenue pour nous affirmer le contraire, donnant en exemples quelques belles réussites, réelles ou fabuleuses, d’une vie professionnelle accomplie et épanouie.
Ce n’est pas ce qu’on attend des discours du pouvoir.
On attend une vérité qui n’est pas bonne à entendre de cette droite libérale qui poursuit une démarche qui ne pourra aboutir qu’à de grandes catastrophes, à commencer par l’échec même du libéralisme non seulement du point vue humain, mais encore écologiste par appauvrissement général de la nature.
On peut à juste titre s’effrayer de la pauvreté des discours des membres MR – les seuls francophones parlant, plus ou moins, un français correct au sein de ce gouvernement – philosophiquement et moralement nuls !
Car, les bougres n’ont jamais eu l’once d’un questionnement profond sur l’avenir. Ils se contentent de discours superficiels et rassurants qui surprendraient les foules, si elles n’étaient pas assoupies depuis longtemps.
Même les prétendus philosophes, comme Richard Miller, ont des dégueulis remontés de leurs estomacs, plutôt que l'amorce d’une réflexion de leurs cervelles.
Qu’il ait été esclave de la Rome Antique ou moderne tâcheron, sous les énormes hangars d’Arcelor-Mittal, aux lambris des palaces qu’astiquent les domestiques, tout être humain considère le travail comme une peine.
Tout gain de productivité qui passe par lui que ce soit par l’ergonomie ou l’amélioration des approvisionnements de la matière première est d’abord un surcroît d’efforts, un stress supplémentaire ou les deux facteurs réunis, qu’il s’agisse d’un emploi de bureau ou d’un boulot de lampiste sur des voies du chemin de fer.
Il est étrange que la compréhension du drame des gens ne soit en rien perceptible dans la société belge, ni même européenne.
Il faut savoir que les multinationales assimilent l’homme à une donnée mécanique, pour mesurer l’écart entre ce que devrait être une société à visage humain et celle que nous construit Charles Michel et ses pitres complices.

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Voilà plus de vingt ans que Pierre Bourdieu a crié casse-cou. Depuis tout s’est aggravé. Nos élites balbutient des conneries, aussitôt applaudies et amplifiées dans les médias qu’ils trimballent partout dans leur « mission ».
Alain Deneault (1) est parmi ceux qui ont relevé le flambeau, estimant que l’acte électoral, assimilé à un geste d’analphabète, ne nous débarrassera pas de l’engeance souveraine actuelle.
J’admire ceux qui ne baissent pas les bras : les vrais partis de gauche qui défendent les valeurs dont l’élite se moque. C’est encore ce qu’il y a de plus atroce, savoir que les tenants majoritaires de l’économie entraineront dans leur désastre, ceux qui ne voulaient pas finir de la sorte et qui se battent encore dans l’espoir, de plus en plus chimérique, de pouvoir redresser les choses.
Les contemplateurs du système vont dire que les gens de mon espèce rabâchent, que voilà longtemps que ce genre de discours ne passe plus.
Rien n’est plus vrai. Est-ce une raison d’abandonner la partie et de s’écrier « tant pis, crevons avec les jouisseurs de toute espèce ».
Vaut-il mieux s’aplatir devant « l’inéluctable » et attendre avec des « je vous l’avais bien dit » ce qui sera notre lot demain ou témoigner de sa différence jusqu’au bout !
Il ne faut pas être grand clerc, lorsque nous serons au pied du mur, pour imaginer que ce seront les athlètes du verbe libéral qui tiendront la dragée haute aux masses désespérées !
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1. Alain Deneault « Faire l’économie de la haine ».

25 avril 2018
L’amour à quatre à la Maison Blanche.

Il ne faut pas se leurrer. La presse de gauche n’existe pas aux USA, enfin ce qu’en Europe on appelle la gauche et que là-bas on appelle encore « communiste ». On devrait plutôt parler d’une presse critique et d’une presse conservatrice. Les médias critiques n’ont jamais été très puissants, et l’indignation des conservateurs énumérant les Fake-News désignés par Trump comme étant les produits de cette presse d’opposition, est une façon assez commode de camoufler leurs échecs.
En Belgique, on aime assez la presse critique américaine pour la considérer crédible, quoique le MR et le pouvoir actuel soient bien plus près de la presse dont le moteur est le site Breitbart News, dit la “plateforme de l’Alt Right” par son ex-patron Stephen Bannon, qui, dès la victoire de Trump, a été nommé au poste de haut conseiller et responsable de la stratégie à la Maison-Blanche.
C’est le moment choisi par Macron pour s’en aller chatouiller l’ego de son ami à Washington, de faire le point sur ce président républicain.
D’abord l’élection de Trump, voilà un candidat républicain à l’élection présidentielle qui perd le vote au suffrage universel, mais qui se retrouve quand même à la Maison Blanche, suite à l’embrouille du système incompréhensible pour nous, des grands électeurs.
Cette élection est encore pire que ce que j’ai décrit hier, qualifiant celle de Belgique, de mascarade. Malgré cela, les républicains tirent profit de son élection pour monter un programme de gigantesques baisses d’impôts qui avantage les riches et fait exploser le déficit budgétaire. Les républicains, spécialistes des fake-news, décrivent cette loi comme la bénédiction des familles laborieuses.
Il y avait un précédent George W. Bush. Mais avec Trump, le travail est moins « ourlé ». Les baisses d’impôts de Trump sont impopulaires tout de suite.
Les travailleurs Américains ne voient aucune augmentation sur leurs fiches de paie. Au point que les républicains oublient de mentionner dorénavant ces mesures à leur palmarès.
Les deux partis n’ont pas le même point de vue quant à la responsabilité fiscale. Ce sont les démocrates qui la pratiquent seuls, l’Obamacare en est une conséquence heureuse. Trump n’a pas réussi à détruire tout à fait, cette idée généreuse des démocrates.
Bizarrement les démocrates ont été pénalisés pour avoir fait ce qu’il fallait. Et qu’une partie de l’électorat bénéficiant de l’Obamacare ait voté pour Trump est incompréhensible et étudié comme cas d’école. Les électeurs ont été trompés par le mirage de l’argent supplémentaire dans leurs poches.

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La situation pour ce président conservateur est différente de celle de Bush. En 2000, les Etats-Unis avaient une dette en baisse par rapport au PIB. Alan Greenspan défendait l’idée, d’une baisse d’impôts pour ralentir le remboursement de la dette.
Trump a fait semblant d’être populiste. Il a même fait une campagne électorale sur l’augmentation des impôts pour les plus riches, pour faire le contraire tout de suite après.
Voilà qui ne se voit pas trop dans les journaux proches des républicains, Trump ne s’encombre pas de peser ses dires à l’aune de la vérité, vu qu’il a érigé le mensonge en pratique courante de gouvernance.
L’optimisme exagéré des promesses économiques de Trump fait surface et tout le monde commence à s’en apercevoir. Les bénéfices des baisses d’impôts ne s’accordent pas avec les estimations indépendantes.
Macron ne sentira pas ça pendant les trois jours de sa visite, mais la fameuse majorité « for ever » de Trump est en train de fondre devant la dure réalité des faits.
Que peuvent encore faire les républicains pour se maintenir à flot dans l’opinion américaine ?
Les valeurs de la famille américaine qui paraissent pour les Européens venir d’un autre monde, tant elles sont rigoristes, perdent de leur fascination jusque dans les Églises réformées. Les gens sont devenus bien plus tolérants. Deux tiers des Américains soutiennent le mariage pour tous. C’est très difficile pour Trump de jouer sur les valeurs de la famille quand on s’est vanté « d’attraper les femmes par la chatte ».
Il est probable que Macron et Trump feront semblant de trouver des accords sur l’organisation des sociétés respectives qu’ils représentent, à défaut d’en avoir sur les questions internationales.
Cependant, il s’en trouve de beaucoup que Macron avec toutes les grèves qu’il a sur les bras et Trump avec les embarras d’une colère sourde qui monte de l’Amérique profonde puissent sur trois jours de palabres, s’accorder sur autre chose qu’une « fake-news » de plus.

24 avril 2018
Du plus grand, au plus petit.

On ne saurait dire ce qui fonde l’autorité d’un ministre par rapport au peuple, si ce n’est un suffrage qui serait comme un blanc-seing accordé à quelqu’un à peine connu, voire pas du tout.
Ce n’est donc pas une valeur intrinsèque qui suppose cette autorité, mais un ensemble de parti-pris qui détermine un manque de considération de la personne de celui qui délègue, par rapport à celui qui en est le bénéficiaire.
Il y a donc un présupposé qualifiant et disqualifiant selon la fonction et la hiérarchie.
Les personnages marquants des partis, en général, ne se sont pas illustrés en-dehors de la notoriété qu’ils ont acquise en faisant de la politique : Louis et Charles Michel, Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx, Alain Mathot, Didier Reynders, De Wever, Kriss Peeters, etc, la liste est longue d'intellectuels qui ne se sont fait un nom que lorsqu’ils sont arrivés à des postes en vue dans leur parti respectif.
Sans cet engagement, ils seraient des fonctionnaires, des avocats, des économistes bien entrés dans le bon bourgeoisisme à la belge et conduisant leurs enfants à l’école sans qu’on les reconnaisse dans la rue ou que l’État ne les assure d’une protection rapprochée.
C’est probablement une des raisons principales qui les pousse à s’entourer de personnalités qui ont presque accompli toute leur carrière dans le privé, dans les mutuelles, les professions libérales ou les syndicats et qui y ont acquis une certaine renommée.
Ce sont des prises de guerre. Ils focalisent une certaine attention, ils ont acquis par leur renommée une notoriété de meilleur aloi qu’en politique ; mais, sont-ils pour autant les garants d’une plus large ouverture, une brèche, en quelque sorte, dans cette démocratie confisquée ?
Jacques Brotchi, ce dimanche sur RTL, faisait presque pitié.
N’arrive-t-on pas par cet adoubement à des exactions plus grandes, au lieu de l’ouverture de la démocratie aux gens ?
La nomination controversée de Martin Selmayr, au poste de secrétaire général de la Commission européenne, par Jean-Claude Juncker, n’est-elle pas un bel exemple de népotisme qui illustre mes propos ?
Ceux qui pensent que cette démocratie ne fonctionne pas comme elle devrait, pourraient s’inspirer d’un « Philosophe plébéien », de Jacques Rancière (1).

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Ce que deux siècles de balbutiements en matière d’organisation de l’État nous appelons « démocratie » n’est ni un type de constitution, ni une forme de société. « Le pouvoir du peuple n’est pas celui de la population réunie, de sa majorité ou des classes laborieuses ; Il est simplement le pouvoir propre à ceux qui n’ont pas plus de titre à gouverner qu’à être gouvernés (2). »
On touche là au vrai scandale qu’il est primordial de connaître avant de rechercher la voie du progrès de la démocratie. Or, on est troublé par le refus de tout regard critique, sur la "machine" électorale. Et pour cause, leur statut et leur autorité desquels ils dépendent seraient immédiatement remis en question.
Depuis qu’ils considèrent la politique comme un métier, ils ont adopté pour leur propre compte la mentalité revendicative et une communauté d’intérêt vis-à-vis d’un employeur fictif (nous) puisqu’en réalité, ils se sont approprié nos compétences et notre pouvoir de les licencier. Ce sont eux qui fixent les règles de leurs rémunérations et les prérogatives des fonctions qu’ils exercent. Nous ne les contrôlons pas ! Ce sont eux qui nous contrôlent !
Notre type de patronat est unique au monde. Nous sommes au service de ceux que nous employons, comme si, de la sorte, nous pouvions être satisfaits !
Le fondement de la politique étant le peuple, ce dernier étant dans l’incapacité d’exercer « sa » politique, nous assistons, sans que la plupart s’en aperçoivent, au pouvoir de gouverner dans une absence de fondement.
C’est ainsi que toute majorité donnant le pouvoir absolu à celui qui le sollicite vote contre elle-même. C’est le cas en Turquie pour bientôt fin 2018, qui va réélire un type qui s’appelle Erdogan et dont nous n’avons pas fini d’entendre parler. Ce fut le cas en 1936, en Allemagne, pour un personnage d’une autre dimension.
La démocratie par délégation tend à cet arbitraire du pouvoir. Toutes les prémices d’une telle majorité sont réunies en Belgique. Nous devrions nous être aperçus depuis ces dernières législatures, que les pouvoirs, de gauche ou de droite, ont choisi l’économie contre le peuple.
Nous allons comprendre à nos dépens, dans les législatures prochaines, ce que vont nous coûter les intérêts conjugués des partis et de l’économie.
Ce sera inédit !
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1. Jacques Rancière a rassemblé dans une revue « Le Philosophe plébéien » des écrits inédits de Louis Gabriel Gauny, ouvrier parquetier et philosophe. Il s’attèle ensuite à faire connaître Joseph Jacotot qui au XIXe siècle remit radicalement en cause la pédagogie traditionnelle. Cette recherche débouchera sur une biographie philosophique qui pose le postulat de l'égalité des intelligences.
2. Jacques Rancière, « La Haine de la démocratie », p. 54.