5 décembre 2016
Le cordon : quel cordon ?

Si être premier ministre pour Charles Michel n’était rien qu’une mise à jour de sa politique sur l’économie mondiale et les directives de la Commission européenne (fastoche pour un libéral), par contre diriger un pays, en ayant mangé son chapeau électoral pour fricoter au fédéral avec la N-VA, serait autre chose.
Afin de poursuivre la carrière de premier ministre, il va falloir au tour suivant détricoter le cordon sanitaire qui isole le Vlaams Belang des autres partis, s’il veut avoir une chance de rempiler !
Déjà, on a chipoté sur le label de la N-VA au moment du grand pardon, suite aux rendez-vous avec les nostalgiques de la 27e SS-Freiwilligen-Grenadier-Division Langemarck. Il faudra bien lever aussi l’interdit sur le Vlaams Belang. Il a beau être un petit parti, il s’avérera incontournable pour la coalition suivante.
On le sait depuis le mastic à la Michel, dorénavant le pays sera gouverné par une majorité flamande ou ne sera plus.
La politique du MR consiste à poursuivre ce gouvernement contre nature. Il pense qu’il n’y a pas d’autres possibilités pour la pérennité des institutions et la prospérité des élites.
Un membre du gouvernement l’affirme, une coalition de la N-VA avec le Vlaams Belang est quasiment certaine.
Le tout est de savoir si cette association va rendre le Vlaams Belang acceptable ou si la N-VA ne va pas redevenir un parti fasciste ?
Certes, Theo Francken (N-VA) dit avoir un problème personnel avec Filip Dewinter (on ne l’aurait pas cru), pour le reste, tout baigne avec le Vlaams Belang.
Le programme Dewinter porte atteinte à certains droits fondamentaux depuis 1992 ? Et alors ? Pour Charles Michel le seul droit fondamental qui vaille n’est-il pas d’être au Fédéral et d’y caser ses créatures ? C’est tout juste si Charles comprend les hésitations de Theo Francken. En matière de renoncement et de volte-face, Gros Loulou et lui ont fait bien pire.
Si la Belgique existe encore et si Mathilde peut encore se faire photographier sous son grand chapeau de reine, c’est parce Charles fait tourner les drapeaux des Flandres au roulement du tambour des guildes d’Anvers, pantalon de cuir et tête blonde, au coup de sifflet de Bart De Wever.
Dewinter gêne ? Son idéologie n’est pas compatible avec le devenir de l’État bourgeois ? Rien de plus simple, on case Dewinter dans une intercommunale où il sera bien rémunéré et le parti devient clean !
Le cordon sanitaire est recyclé en une jarretière royale, de quoi créer un ordre nouveau, l’Élastic Great Kingdown. Le premier décoré serait Dewinter évidemment, pour son sacrifice. Il porterait la royale jarretière de Mathilde qui s’en dépouillerait en public avant de la lui mettre autour du cou, la suite sur Paris Match.

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Le racisme de ce parti ? Allons donc, ils le sont tous plus ou moins, y compris le PS et ces préférences suspectes.
De 1992 les déclarations racistes qualifiées de monstruosités sont devenues des fines plaisanteries en 2016, sous l’apostolat de Charles Michel. Il le faut bien depuis que l’extrême droite bourgeonne sur d’autres supports que les nez de flamingants pré-pubères des étudiants de Leuven. Il n’y a vraiment plus que le plouc passible d’une amende salée pour avoir insulté lors d’une dispute et à bout d’arguments, une personne visiblement venue d’ailleurs, « sinon toi, quelqu’un des tiens » aurait dit La Fontaine.
Le civisme, la morale, la tenue stricte, le respect d’autrui, tous ces boniments pour des gens en bonne santé mentale que l’État s’est chargé de défendre, en éduquant les malotrus racistes par la menace et l’amende, tombent évidemment d’une pièce depuis l’avènement de Donald Trump, le mexicophage, le sexiste à l’âme sudiste, quoique new-yorkais d’origine.
Alors nos nostalgiques du Troisième Reich, nos Robert Faurisson, nos Jean-Marie du détail de l’Histoire, nos Filip Dewinter et autres adversaires des teintures qui déteignent toujours au contact du blanc en machine, Trump dit bien pire et il est président des USA, l’État fétiche de tous les libéraux de la Sainte-Alliance.
Si la N-VA rêve toujours de majorité absolue, il va bien falloir que les Michel tirent le cordon ! Tom Van Grieken, le jeune président du Vlaams Belang, s’y prépare. Il est jeune, il est beau, il plaît aux femmes, qu’est-ce qu’on en a à foutre qu’il soit raciste ou qu’il ne le soit pas ?
Chastel, pour exister demain, devrait faire rapatrier les cendres de Léon Degrelle enterré à Madrid. C’est ça qui le ferait bien voir des nouvelles coalitions qui se préparent.

4 décembre 2016
De Mélusine à Delusinne...

Suite à l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge, Monsieur Delusinne, porte-parole de RTL, n’est pas cohérent ni avec lui-même, ni avec le système économique qu’il défend de toute la force du média qu’il contrôle.
En voilà encore un qui s’est voué à la liberté d’entreprendre et qui hurle aux loups dès que la liberté d’entreprendre s’attaque à sa propre entreprise et convoite ses recettes publicitaires !
Les voilà bien les tenants du système, tous les mêmes, de l’entrepreneur au harangueur de nos inamovibles partis (1), pour l’ouverture des frontières et des marchés ; mais farouchement pour une économie contrôlée et protectrice dans leur secteur.
Cette proverbiale façon de la paille et de la poutre, s’est encore vérifiée la semaine dernière à l’annonce de la mort de Fidel Castro.
On a même vu un chroniqueur sur Internet complètement déchaîné sur le passé « monstrueux » du successeur par les armes de Batista (l’ancien dictateur avait fait de l’ile un vaste bordel pour américains fortunés). On veut bien croire que ces moralistes sont sincères, mais quel aveuglement, quel mépris de la relativité des événements, quel glissando inélégant sur les monstruosités du système capitaliste qui est tout doucement en train de creuser notre tombe à tous !
Certes, Monsieur Delusinne en qualité de mandataire d’une chaîne de télévision à l’influence énorme dans ce pays, n’a pas les outrances du pourfendeur de Fidel Castro, mais il n’en demeure pas moins vrai, qu’il doit avoir comme tous ses pareils une conscience à géométrie variable, en raison des recettes et des dépenses.
Son appel au secours, dans un entretien accordé à L'Echo, est pathétique. « L'arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge pourrait menacer tout l'écosystème médiatique francophone. » Cette vision apocalyptique a au moins le mérite de dévoiler au grand jour l’aspect commercial crucial de cette chaîne, complètement dépendante des gros annonceurs et donc, finalement, indépendante de rien !
Et de poursuivre "Si TF1 arrive, nous allons devoir revoir notre business model. Cela veut dire que ce qui est monétisable auprès des annonceurs, comme les séries US, resterait et que ce qui n'est pas monétisable et qui coûte cher en production, comme les news et les émissions politiques du dimanche, pourrait être réduit, tout comme les productions propres".
C’est on ne peut plus clair. Le fric des annonceurs permettait à quelques petites œuvrettes belges d’être subventionnée par des marques de soutien-gorge et des fabriques de meubles. Ce n’était pas déjà jojo, mais ce qui attend le téléspectateur, de ce qu’on tire de la déclaration de Delussine, RTL pourrait ne faire dorénavant que de la merde importée des USA (merci déjà pour les programmes de séries policières).
Quant à ce qui reste d’émissions pseudo d’actualité, nos vaillants thuriféraires du dimanche de la vie bourgeoise pourraient se reconvertir dans l’animation de grands magasins, ce qu’ils font presque déjà.

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Au cours de cet entretien à l’Echo, Monsieur Delusinne admet indirectement que la RTBF est moins dépendante des annonceurs et, par conséquent, plus libre de propos, parce que subventionnée par les sous des citoyens.
Par exemple, l’émission « on n’est pas des pigeons » (RTBF) des fins d’après-midi en semaine, on ne la verra jamais sur RTL qui fait de la réclame et pas de la critique. Cette émission tout à fait remarquable d’« on n’est pas des pigeons » par sa liberté de propos et sa totale franchise, justifie amplement les services publics et condamne les formules libérales dans un domaine sensible entre divertissement et information.
Delusinne craint un monopole d’État de la RTBF si RTL pour survivre ne fait plus que de la merde. Il n’est pas dit ! RTL a déjà tellement habitué le téléspectateur à préférer la merde aux programmes intelligents, qu’on se demande si Delusinne n’est pas trop alarmiste.
Le reste de l’entretien sombre dans le travers habituel du chantage sur le personnel de RTL, déjà si maigrichon qu’on se demande si les pâles créatures qui tremblent de perdre leur emploi, ne retrouveront pas à la suite de cette fâcheuse perspective, les qualités de journaliste qu’ils avaient perdues sur la chaîne de Messieurs Delusinne et consort.
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1. Le cordon "sanitaire" autour du Vlaams Belang et peut-être demain autour du PTB !

3 décembre 2016
Encore une tête dans la sciure !

Au ras des pâquerettes, une démission, que ce soit celle de Hollande ou le départ de Sarkozy, ne se commente que sous une forme passive « Bon, et alors, qu’est-ce que ça change pour nous ?).
Si les spéculations vont bon train dans les milieux concernés, il s’agit surtout de candidats à une succession qui voient le renoncement de Hollande comme un embarras de la circulation. Un véhicule accidenté gênait empêchant le trafic. Il a finalement été poussé sur le bas-côté de la route.
Comme l’aveu d’échec implicite d’impuissance de Hollande va faire pleuvoir les commentaires, tout ce qu’on en peut dire dans l’immédiat, c’est le plantage magistral de tous les journalistes des grands journaux qui tous prédisaient encore la veille que François Hollande allait repiquer au truc et qu’il serait candidat à sa propre succession.
Après l’échec des statistiques à l’égard d’Alain Juppé qui, confiant dans sa confortable avance sur Sarkozy, ne s’est pas méfié de François Fillon, optant pour une stratégie complètement décalée et improductive, voilà que c’est le tour de la presse spécialisée à se planter.
Dans le cas présent, pourquoi la presse après avoir dénoncé les avatars de ce quinquennat et entendu maintes fois Hollande dire que si la courbe du chômage ne s’inversait pas, il ne se représenterait pas, a-t-elle poursuivi son idée de l’impression contraire ?
Parce que ces Messieurs-Dames de la presse – ceci est valable pour la presse française et la presse belge – ont estimé la situation d’après leur propre égo et ambition. Le lecteur a eu droit non pas aux conclusions et synthèses de terrain, mais aux états d’âme de ces écrivains rentrés que sont les journalistes. Il n’est pas dit que n’entrait pas aussi en ligne de compte une envie pour l’intérêt financier d’être président de la république, quand on est payé à la pige ou même quand on est « une grande voix », même à quatre ou cinq mille euros par mois, on projette son ambition contrariée, sur plus fourré et plein aux as que soi !
Cela coule de source en auscultant les cobayes que nous avons sous la main en Belgique tous les dimanche midi sur RTL. Les boys de Deborsu sont prévisibles dans les commentaires qu’ils font de l’actualité, parce qu’ils expriment une opinion, la leur, qui est subjective, imprégnée de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. On sait presque à l’avance ce qu’ils vont dire. Ce n’est pas du journalisme. Ils usent tout simplement de la faculté de s’exprimer au regard de millions d’autres qui ne le peuvent pas et dont les commentaires eussent été, pour certains, bien plus compétents et indépendants. Et en plus, on les paie pour cela !

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Pour ce qui est du renoncement de Hollande à se succéder, on voit bien l’état du parti qui l’a mis au pouvoir. Il est en lambeaux et à cause de lui. Sans doute le centrisme affiché de Hollande y est pour beaucoup, comme ses choix de premiers ministres : Hérault, l’arrangeur, Valls, le flamboyant, sont deux figures de la social-démocratie, tendance Bayrou. Cela ne pouvait pas coller avec les électeurs de 2012, déçus par le décalage entre les promesses électorales et la politique centriste du gouvernement.
Forcément occulté par les médias appartenant tous à la coterie libérale, Mélenchon ne pourra que gagner du terrain à la suite de cette défection, soutenu par l’opinion.
Le départ programmé de Hollande en mai 2017 rend visible la décomposition de la gauche française, en trois parties : Macron d'inspiration libérale, Valls, social-démocrate et Mélenchon, gauche de rupture, Montebourg se plaçant entre Valls et Mélenchon dans une valse hésitation qu’il a intérêt de clarifier rapidement.
Le problème de la gauche dépasse le cas Hollande. Elle ne peut plus se rassembler sur une seule candidature. Elle est donc vouée à l’opposition en ordre dispersé.
Les primaires présidentielles à la mode depuis la réussite de celles de la gauche en 2012, sont en réalités le signe d’un profond doute d’un suffrage avant le suffrage, mettant directement en cause la manière d’élire un président de la république.
L'élection présidentielle devient un jeu de bowling que les électeurs trahis dans leurs espérances démocratiques, écœurés par le dérapage de l’économie mondialisée, pratiqueront désormais tant et plus, jusqu’à ce que quelqu’un(e) les rassure ou les muselle !

2 décembre 2016
Le MR-Post.

Le MR devrait pouvoir se lancer dans l’édition et publier un journal exclusivement réservé aux nouvelles du parti. Car si au fédéral, il ne se passe pas grand-chose, c’est en interne que les libéraux fonctionnent le mieux.
C’est ainsi que Charles Michel avait fait de la création d’emplois sa priorité. L’artiste parle de plus de 100.000 jobs entre décembre 2014 et décembre 2016. Ça ne fait que 50.000 emplois par an, me direz-vous, mais Charles en fait un triomphe personnel. Quand on considère les tripatouillages des catégories du chômage, les exclus qui tombent des statistiques comme ceux qui ont retrouvé un emploi, la venue sur le marché du travail des nouvelles générations, ce résultat est médiocre voire négatif. Mais la gazette MR chavire de bonheur et pense tout le contraire.
L’Institut des comptes nationaux vole au secours du MR, les journaux tendent une oreille bienveillante et Chastel prend son mégaphone pour propager la nouvelle. Alors…le Premier ministre sur Twitter se couronne lui-même.
Une autre manchette du MR-Post est réservée au tonitruant Denis Ducarme.
Il est absolument nécessaire qu’on parle de lui au moins une fois par semaine. Il en va de la pérennité de la liberté d’entreprendre. Cette fois, le baryton martin que le monde libéral adore en chef de groupe à la chambre, réclame un cordon sanitaire vis-à-vis du PTB, tout comme les partis démocratiques le pratiquent vis-à-vis de l’extrême droite. Voilà bien où le bon rougeaud qui semble sortir à chaque interview d’un banquet bien arrosé veut en venir : les pensées au-dessus ou en dessous des siennes qui dépassent de plus de deux centimètres doivent être interdites !
Cette conception particulière de la liberté d’expression lui est venue à la suite de convergences possibles entre Ecolo, le PS et le PTB ! En effet, si cette alliance survenait, le MR éprouverait davantage de difficultés à caser ses créatures en Région wallonne, ce qui serait dommage pour la caisse du parti.
De cet altruisme fécond, Chastel s’en est ému aussi. Que deviendrait ce malheureux si Charles Michel reprenait du service au sein du parti au cas où il ne serait pas dans le prochain gouvernement ? Vous voyez Chastel retourner à Charleroi tonitruer sur les banquettes du Conseil communal ?
Le MR-Post sait aussi taire les nouvelles qui font ombrage à la mondialisation heureuse, portent atteinte à l’honneur du parti et sont de nature à nuire aux avancements des chefs. C’est ainsi que la star déclinante, mais star tout de même, Didier Reynders a été entendu il y a un mois par la justice dans le cadre de l'affaire Kazakhgate. C’était il y a un mois. Personne n’a rien su. Le motus et bouche cousue a bien fonctionné avec les journaux bruxellois confrères du MR-Post.

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C’est seulement aujourd’hui que les lecteurs du Soir ont appris qu’aucun grief n'a été retenu contre le ministre. Quant à connaître les questions qui ont été posées et éventuellement ce que la justice lui reprochait, cela fait partie des mystères insondables des abysses de la pensée élitiste qui est l’antithèse du populisme.
À peine sait-on que les enquêteurs du parquet étaient mandatés par l’OCRC (l’Office Central pour la répression de la corruption. Cela doit encore être une fameuse planque, puisque c’est quasiment la première fois que le grand public a connaissance de l’existence de l’OCRC.
Que les fans de Didjé ne dépriment pas, c’était uniquement pour demander à Reynders s’il avait eu connaissance d’une quelconque embrouille de Bel Armand.
Didier a donc immédiatement établi la vérité : il ne sait rien ! Il est innocent. Avant qu’on ne l’interroge, il ignorait jusqu’à l’existence de Sodiev. Quant à de Decker, il ne savait même pas qu’ils étaient presque voisins ! Ils ne se sont vus qu’une fois l’année dernière en tondant les haies. Reynders aurait emprunté la Black&Decker de l’autre, ajoutant tout de suite qu’il la lui aurait rendue le jour après, croyant jusque là que l’OCRC enquêtait sur la disparition de la coupeuse de haies de Monsieur Armand.
Les enquêteurs se sont confondus en excuses, aucun élément d'enquête « troublant » ne justifiait d'entendre en priorité M. Reynders. Cette dernière info d’excuses sera probablement à la Une d’une prochaine édition. Par scrupule et désir de garder sa place, le malheureux de service aurait intérêt de retirer « troublant » qui pourrait prêter à équivoque dans la nouvelle mouture.