Forza aujourdhui, forçat demain ?
Peu dhommes politiques européens font lobjet de jugements aussi extrêmes que Silvio Berlusconi. Pour les uns, il incarne le "self-made man" à qui la jalousie des médiocres, dès quil sest mêlé de politique, lui vaut dêtre la cible des fonctionnaires et des juges de lEtat italien. Pour les autres Silvio Berlusconi est lhomme le plus corrompu dEurope. Son empire ne serait quune construction maffieuse.
Cest le premier Président du Conseil italien depuis Mussolini à valoir 6 milliards deuros, à posséder 3 chaînes de télévision (Mediaset) sur 7 en Italie, à grignoter peu à peu des influences dans des journaux concurrents quand il en possède déjà 3. A ce seul titre, ce personnage trouble peut inquiéter non seulement lItalie, mais aussi lEurope, même si lultralibéralisme dont nos MR font partie applaudit à cette réussite financière et politique.
Berlusconi a commencé sa carrière modestement. Il ne vendait pas des cigarettes de contrebande comme lautre self-made-man, Aristote Onassis à ses débuts, mais était modeste garçon de cabine sur des paquebots en croisière dagrément, pour devenir animateur de soirée sur ces mêmes bateaux.
Dans un pays où le crime organisé était le plus puissant dEurope dans les années septante, il a sans doute côtoyé le demi-monde à largent facile et sest établi dexcellentes relations. Quoique ses débuts, par la force des choses, soient plutôt obscurs.
Aujourdhui, il gère lItalie comme une société anonyme, emploie 800 avocats dans ses différentes affaires et il vient de faire voter une loi par sa majorité mettant fin à des poursuites judiciaires dans le cadre de sa gestion de ses société, un peu comme Chirac a eu la sienne pour arrêter les poursuites sur sa gestion lorsquil était maire de Paris.
Son parcours est truffé danomalies, dactions inexplicables. On cite la constitution de son holding la Finvest. Des crises à propos dAriosto, Mondadori, All Iberian, plus tout ce que les journalistes dinvestigations ont pu découvrir, malgré la chape de plomb qui sest abattue sur lItalie depuis son règne…
Avec ses sitcoms achetés aux USA, ses films porno la nuit, ses jeux aussi débiles que ceux que nous regardons sur nos chaînes françaises, le Citizen Kane de la péninsule a su envelopper linformation et les plaisirs dans le superficiel et le sensationnel. Ainsi rendus passifs par tant de sollicitudes, les citoyens italiens sont, à une majorité relative, pour lui.
Résultat : un kilomètre de métro à Hambourg coûte 45 milliards et en Italie 180 !
Le discours politique du « cavaliere » est simple, pour ne pas dire simpliste, il colle létiquette de communiste à tous ses détracteurs, selon la technique éprouvée de Mussolini. Ça marche, même si les communistes nagitent plus que les fantômes du passé. Il faut croire quà lombre du dôme de Saint-Pierre cela soit encore grandement suffisant.
Il a compris quil fallait être souriant et décontracté, comme la dernière des figurantes dans ses films pornos. Au sommet de la communication médiatisée avec ses intervieweurs à sa botte, il licencie des journalistes de la RAI en jouant de son influence, tandis que sa police ferme les portes des studios à ses opposants.
Par bien des aspects, cet homme est inquiétant. Davantage que notre extrême droite flamingante, il est capable de faire des ravages en Europe en y faisant des petits. On connaît la logique des gens de cette sorte. Cest une fuite en avant perpétuelle, une boulimie de tous les instants. Cest que souvent, comme Icare, leurs ailes fondent au soleil, entraînant dans leur chute des désastres financiers en cascade. A côté des catastrophes qui pendent sous le nez des trop crédules Italiens, les déboires de nos Ducarme et Fournaux réunis ne sont que daimables plaisanteries de petits fraudeurs.
Sa passion des médias révèle son besoin duniversalité : sintéresser à tout ou à défaut périr. Le choix quil a fait du pouvoir politique correspond à sa personnalité ultralibérale. Standardisation et conservatisme sont ses maîtres mots.
La saga de Silvio le Superbe prouve que les démocraties sont bien fragiles et que leur sort est tout aussi aléatoire dans les mains de pareils capitalistes quelles le sont dans celles des nationalistes dextrême droite. A ce sujet, les discours du MR paraissent bien fades pour dénoncer ce danger, bien moins en tout cas que sur les « dangers » de la gauche où là le tandem Duquesne-Michel retrouve brusquement du souffle. On a encore en mémoire « lembarras » du gouvernement à propos dune appréciation peu flatteuse de Louis Michel à légard du nouveau César, les pantalonnades qui ont suivi et la marche arrière de notre Ministre des Affaires étrangères qui nest pas à une contradiction près.