Propos sibyllins
-Dis-moi, franchement, qu’est-ce que tu penses de Wilhelm Reich ?
-C’est le moment, quand même !...
-Tu veux que je me mette sur le côté ?
-Oui, ça va beaucoup mieux.
-Et Wilhelm Reich ?
- Décidément� Tu penses à l’avenir orgasmique de l’humanité� franchement�
-Mouille donc ton doigt !...
- �que toutes les névroses proviennent de l’incapacité d’aimer ?
-Non. Que la santé psychique dépend de la puissance orgastique.
-C’est pour moi que tu dis ça ?
-Ne va pas si vite. Quand je te le dirai� C’est mieux. Mais ne t’arrête pas�
-A�e, tu t’appuies sur mon coude..
-Pardon. �t’arrête pas !
-Tu crois que j’ai des troubles psychiques qui provoquent des perturbations sexuelles ? En un mot tu crois que je suis cinglé, parce que, certains jours, je bande flanelle ?
-Ah ! non, je n’ai pas dis ça� Je n’ai même plus rien à dire� T’arrête pas� C’est bon.
-Qu’est-ce que tu fais ? Tu viens de renverser la table de nuit avec le pied !
-T’es à côté, chéri�
-C’est parce que j’ai glissé� C’est mieux. Là je le sens�
-Tu peux la fermer quinze secondes, s’il-te-plaît ?�
-Freud a écrit quelque part que les enfants sont des pervers polymorphes� y a pas qu’eux !
-Aha ! Ah ! Oui� Non. Oui. Si !...
-Mais à propos de Reich, tu sais qu’il est mort en tôle ?
- Non. Stop, je te dis ! Tu me fais mal, maintenant.
-Je disais à propos de Reich�
-Tu ne veux pas parler d’autre chose ? Sinon nous ne trouverons pas le sommeil.
-Ah ! parce qu’on va dormir ?
-Pas toi , Tu n’as pas sommeil ?
- Bien, c’est que j’attends. La réciprocité, tu connais ?
-Tu n’en as pas marre ?
-Parle pour toi ?
-Pourquoi faut-il qu’on en arrive toujours là ?
-En fait�
-C’est vrai à la fin, tu parles de Reich�
-Je te signale que c’est toi qui en as parlé la première.
-Oui, mais Freud, c’est toi. Tu crois que je suis nymphomane ?
-Non, chérie.
-Et là, qu’est-ce que je sens ?
-Oui, tu sens bien.
- C’est le dasein de Heidegger, dis-donc� l’objet questionné requiert un appareil conceptuel propre�
-Pour le moment, je m’en fous de Heidegger et de sa technique de l’être étant� Tes lèvres, nom de Dieu !...
- Attends, que je me tourne�
-Oui, tu vas foutre tout par terre�.
- Hup, glouf, ça va ? J’ai un poil sur la langue�
- O du Liebe meiner Liebe, mein Jesu, was f�r Seelenweh - so gehst du nun, mein Jesu, hin - Selig, wer an Jesum denkt...
-Qu’est-ce que tu dis ?
-Je chante�
-Tu chantes toujours la même chose au moment de�
-C’est qu’au sublime de la chose, il faut du Bach�
- Franchement je suis éreintée�
-Moi aussi�
-Demain je vais avoir une rude journée.
-Tu leur donnes quoi ?
-L’existence de Dieu selon Thomas d’Aquin.
-C’est pas facile de gagner sa vie�
-Quand je pense que je donne religion dans une école catho !...